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Opinions tranchées, points de vue partiaux, caricatures iconoclastes, analyses simplistes, expressions à l'emporte-pièce, conclusions hâtives...
Des avis sur tout mais surtout des avis. Taquin mais pas moqueur, écorché mais pas donneur de leçon, provocateur... De rires je l'espère.
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lundi 1 février 2016

Hyper pas cher

Oups, j'ai raté le rendez-vous de janvier. Mais c'était pour une bonne cause, et d'ailleurs si je ne l'avais pas raté, je n'aurais pas eu matière à écrire ce soir. C'est que voyez-vous, j'étais en week-end près du Palais Royal. Non, pas celui-là, l'autre. J'ai cédé à la tentation d'aller courir sous les orangers avec la compagnie orange. Il faut dire que c'était alléchant, tous ces prix clignotants qui vous font une fellation à travers l'écran. C'est quand on se retrouve assis avec le nez dans le siège de devant qu'on réalise que ce n'était pas une fellation, mais une sodomie. C'est décidé, je ne prendrai plus de compagnie low-cost, ça fait trop mal au cul.

Bonne poire, j'ai laissé la chance au produit, qui sait ? Après tout, je ne suis snob que pendant les dîners en ville, et puis je ne fréquente pas assez de pauvres pour savoir à quoi m'attendre avec Zizijet. A tel point d'ailleurs que la première fois qu'on m'a évoqué le low-cost je pensais qu'on me parlait du sous-sol d'un célèbre bar-lounge parisien. Las ! Entre le marbre de la rue St Honoré et le carrelage de Roissy-CDG, il y a une fosse à habits sales. Du moment où l'on met le pied à l'aéroport jusqu'au moment où l'on débarque, on prend la mesure de ce que signifie le mot cheap. Pas uniquement dans la texture des sandwiches en plastic vendus à prix d'or. Cela, la SNCF l'a inventé il y a quarante ans, autant dire qu'on est immunisé. C'est avant-tout, et surtout, dans l'attitude des gens pas bons qui vous prennent en (dé)charge. C'est à croire que leurs cerveaux aussi sont low-cost. Ici des personnels au sol, là des navigants, dont le regard ne diffère de celui de la vache que par la vague lueur d'intelligence dans celui de la vache. Ils sortent de la même école de formation que les hotliners de Free et Numericable. Vous savez, cette usine qui fabrique des Jean-François et des Marie payés pour vous laisser avec votre problème sur les bras en vous disant que si vous n'êtes pas contents vous n'avez qu'à écrire. C'est simple, ils feraient passer une guichetière de l'URSSAF qu'on dérange à 16H59 pour quelqu'un d'aimable, et un taxi parisien pour quelqu'un avec qui on peut instaurer un dialogue. Raciste et moyenâgeux, certes, mais un dialogue quand même.

"Débranchez-rebranchez votre modem", "attachez-détachez votre ceinture", même combat ! C'est le mot d'ailleurs, tant ils instaurent un rapport de force qu'on devine savamment calculé afin de bien nous montrer que nous avons renoncé à notre statut de client pour endosser celui de bétail. Or, si l'on met à part un petit coup de fer rouge qui vaut plaque d'immatriculation, le bétail est mieux traité que nous-autres passagers. Qu'il est dur, le temps pax ! Obliger les femmes à ranger leur sac à main dans le bagage cabine au prétexte que l'on n'a droit qu'à un seul (putain de) bagage, puis leur dire qu'elles pourront le ressortir en cabine, c'est-à-dire douze mètres plus loin... Franchement j'aimerais rencontrer le consultant qui a facturé la compagnie pour lui pondre cette procédure. Il est trop fort le type, non seulement il a réussi à emmerder plus de monde que Sarkozy en 200 meetings (calmez-vous les amis, ça marche aussi avec Mélenchon), mais en plus il a gagné de l'argent avec une machine à extraire le nôtre. Le Cynical Mystery Tour ne fait pas planer, la boucle de ceinture est bouclée et c'est bien là notre seul droit : la boucler.

J'y allais pour courir un marathon. Je ne pensais pas qu'il commencerait dans l'avion. Moralité : ne jamais s'envoyer en l'air avec n'importe qui, poil aux Easy.

jeudi 31 décembre 2015

Rideau !

L’année se termine, les imbéciles disent « enfin !», comme si la stupide ponctuation que sont ces festivités forcées allait interrompre ou inverser le cours des choses. La St. Sylvestre n’est qu’une grande chasse d’eau que l’on tire sur une diarrhée de niaiseries en tapotant frénétiquement des sms. Faire sauter les datacenters Orange, SFR et Bouygues ce soir, ce serait une bombe lopéramide. Mais bon, je dis rien, je veux pas tomber pour incitation à la constipation en lien avec une entreprise télécom.

Boboland est en deuil. Les morts sont tous des braves types, dit Brassens, repris à l’envi par Le Monde. C’est pas marrant cette galerie de portraits dont on aurait pu être. A bien y regarder, ne l’ont-ils pas un peu cherché tous ces pauvres gens ? C’est vrai, aller voir dans un endroit ciblé, un groupe dont le leader est un catholique intégriste notoire, membre de la NRA et fan de W. Bush… C'est à la limite de la provocation barbeuse. Sont cons ces français, ils ne lisent toujours pas les sous-titres. Et ça, les petites racailles, qui sont aussi armées que merdeuses, elles le savent. On peut mourir de tout, mais pas avec n’importe qui. Surtout quand ça nous permet de vendre des armes. Alors pas touche Nemmouche ! Thalès et Safran te disent merci, Mehdi !

Le monde a de la fièvre. Tu es bien seule, Mafalda. L’autre jour un type a dit dans le journal que la hausse des températures c’est à cause des vents solaires. Il n'a qu’à montrer son cul au soleil, on verra s’il fait des vents. A ce jour, la seule pollution que la COP21 a stoppée, c’est celle du périphérique parisien. Les alter-mondia-couilles qui s’excitent devant les caméras avec leurs guitares, leurs stands à merguez et leurs incantations, ça joue aux durs avec les CRS mais ça ne va pas sur le terrain pour tuer les braconniers. Y’a peut-être un truc à faire, là : reprogrammer les daeschiens pour qu’ils aillent se faire sauter devant chaque type qui veut shooter un éléphant. Comme ils sont stupides, il suffit de les exciter avec un petit missile en forme de rôti de porc et leur dire d’aller exploser devant la défense. Mais avant de les y voir, il faut trouver le traitement hypothermique.

En attendant que les suppos de Safran fassent effet (de serre, bien entendu), le temps fait des ratures, les vacanciers pleurnichent parce que le ski sur herbe, ils ne maîtrisent pas. Cela dit, le ski tout court, non plus. Avec leurs tenues de perroquets, leurs masques de mouches et leur totale incompétence à piloter des planches pourtant conçues pour être plus maniables que jamais, ce sont des dangers publics quand ils s’élancent du haut des pistes au mépris du reste du monde. Un peu de glisse les grise, et tant pis s’ils prennent le risque de scier un gamin en deux avec leurs carres. Le skieur inconscient et le surfeur branleur sont des versions civiles et acceptées de kamikazes, parce qu'ils sont nés du même bouillon de médiocrité en forme d'hexagone, savamment touillé par la Folie Douce. Pour ceux qui ne connaissent pas encore la Folie Douce, c'est une boîte. Enfin, disons qu'elle est au ski ce que la boîte de Petri est à la microbiologie. Une boîte de pète ski, quoi.

Les morts et la chaleur, si les uns découlaient de l'autre ça sonnerait "canicule". En 2015, année dégoulinante, l'un coule sur l'autre, coulis rouge sur glace fondue. On est touché, mais pas couché. Moi je m’en fous, je suis heureux en coulpe. Je préfère les seins de Katy Perry aux intempéries. Mon stress, c’est de savoir si je vais pouvoir continuer à avoir ma Benz l’année prochaine, avec ou sans Joey Starr. Histoire de faire déguerpir tous ces nases en Scenic qui squattent la file de gauche sur la route des vacances parce que ça leur donne l’impression qu’ils sont les chefs la route. Le roi de la route, c’est moi, ok ? Ma Benz, mon shot à ego, mon avion de chasse-plouc, mon agrandisseur de pénis, mon aspirateur à gonzesses, c’est ma signature. L’avantage du terroriste, c’est que lui au moins, il roule vite. Faut juste qu’il pense à ne pas boucler sa ceinture.

Rideau !

samedi 21 novembre 2015

Histoire belge

C’est l’histoire d’un bout de colonne vertébrale qui tombe tout cru sur le capot d'une voiture de police. Et bang ! Merde, une Peugeot toute neuve ! Mercredi, les hommes du RAID sont tombés sur un nid de guêpes. A leur insu, ils ont appris en live la recette du terroriste-melba. Hasna avait pourtant prévenu : si ça continue j'vais m'découper, suivant les pointillés.

Le nid de frelons lui, on le connaît depuis un moment, il est à Bruxelles. Fini le temps où Bruxelles chantait, nous sommes au temps du silence assourdissant à Molenbeek, il résonne jusqu'ici. Dans un coin, ils passent du Trenet, boum, et votre cœur fait boum... Attention Abdelhamid, le djihad rend con, tu vas arrêter de te trémousser comme si tu avais un bâton de dynamite dans le cul ! Ah, pardon. Allez hop, prends ton Thalys et fiche-moi le camp d'entraînement !

Les journalistes, eux, sont contents. Plaies mobiles, en avant les histoires. Play blessure, j’me chope des suées à St. Denis, même le ballon ne tourne plus rond. La faute aux fiches S, S fichent du monde… Je me demande bien où est la vérité. Forcément, quand mon pays a tellement léché la raie des saoudiens, ses plus gros clients pour l'industrie d'armement et plus gros bailleurs de fonds de Daech, elle devient comme un mirage : difficile à percevoir. Si j'avais pu rire de cette catastrophe, j'aurais quatari. De juillet à novembre, marbre à Cannes, l'arbre à came cache la forêt de caméras. Non mais t'as vu c'qui passe ? J'veux l'feuilleton à la place.




Ah, l’Allah, il est vraiment temps que tu changes de représentants de commerce. Ou alors on devrait les envoyer se faire deux ou trois putes, ça les déniaiserait. Poutine y a réfléchi, il vient de comprendre à l’insu de son plein gré que les putes russes, c’est des bombes. Imagine qu’on largue en parachute des régiments de Tatiana, Olga, Svetlana, dans le ciel de Syrie… Là mon ami, je comprendrais que ça te donne envie de sauter, mais je ne te garantis pas qu’elle soient toutes vierges. Et puis d'abord, t'as qu'à remplacer le Captagon par du Viagra. Attends voir, ah oui mais non, c'que je suis bête, ça peut pas marcher : pour faire ça il faut avoir des couilles.

Pas de couilles et espérer se retrouver avec soixante-douze pucelles, faut vraiment être débile mental ! Je vais te dire un truc, faut pas croire tout ce qu’on te raconte, le vendredi ! Tiens par exemple, Sham signifie ‘imposture’ en anglais. Ça me fait mal de l’admettre, mais pour une fois les anglais ont raison. Quant à Bachar, ça veut dire 'boucher' en arabe. Non, pas le petit commerçant halal de ton quartier. Je t'explique : c'est un boucher industriel, le Spanghero du peuple, spécialisé en chair à rien. Il paraît que c'est bon pour son régime. Son business model, c'est le volume. Le prix au kilo de 100.000 morts syriens depuis 4 ans (comme celui des 2.000 hommes, femmes et enfants tués par Boko-Haram au Nigeria le week-end de Charlie) vaudra toujours moins que celui de 130 bobos clopards. C’est comme çaaaaaaa, la la la la la... Je les pleure, le prix au litre de mes larmes augmente et le stock diminue.

Alors, même s'il ne fait pas bon être résident de la République en ce moment, on ne va pas s'arrêter de faire la fête, de boire des coups quand tu les tires et d'aller à des concerts puisque tu es sourd, toi qui as compris "allégeance" quand on te disait "intelligence". Il y a peut-être une exception, un groupe où on regrette que tu n'aies pas l'ouïe fine. Si Téléphone, pardon, les Insus, avaient fait leur retour deux mois plus tard, on aurait joint l'utile à l'agréable : à une enjambée du Carillon, la bombe humaine nous aurait débarrassés de ces vieux croûtons qui tirent une larme aux nostalgiques d’une époque où l’on croyait dur comme fer que la finance allait nous sauver. Ça, c’est vraiment pas moi.

Aux armes, et caetera. Dans mon texte il y a trois insus de secours, comme au Bataclan. Elles resteront toujours ouvertes, une fois.

dimanche 30 août 2015

Des laits, des laits

A l'heure où des millions de migrants - nouveau mot journalistique pour décrire des réfugiés, eux-mêmes euphémismes pour parler de miséreux chétifs qui préfèrent boire la tasse et lécher nos poubelles que mourir dans un camion, et que quand on les sauve, on n'a pas la Légion d'Honneur - arrivent sur nos écrans pendant qu'on est à table, j'avais envie de vous parler de bouffe. Mais pas n'importe laquelle. La bouffe cool, citadine, qui nous parle comme à des cons potes. Celle que rien qu'en la regardant, on est de bonne humeur. Enfin, c'est ce qu'ils essaient de nous vendre, de la bonne humeur en bouteille.

Ils, c'est Michel, Augustin, Jérôme, Ferdinand et les autres. Avec leurs bouclettes, leurs barbichettes, leurs bérets et leur air Innocent, on leur donnerait notre estomac sans confession. Parce qu'ils sont à l'image de leurs cookies et de leurs smoufis, ils sont djeunes, ils sont beaux, ils sont biens, ils sont bios, on dirait les Minions de la bouffe, versions modernes du berger Capitoul. Et surtout, ils nous aiment. Si c'est vrai ! C'est marqué sur l'emballage. Pour mieux nous emballer, ils mettent que des bons produits qui font guili-guili dedans, des bonbons pour bobos à base d'oignons nouveaux, des bonobos. On se sentirait presque coupable d'avoir pulvérisé cette petite orange de façon si mécanique (enfin moi j'ai une excuse, je m'appelle Alex). Et cette banane !... Mère de tous les régimes, il ne lui manque qu'un prénom. Marie-Jeanne, ça irait ?

Ils nous cajolent, en faisant des blagues sur l'étiquette, ce qu'on appelle des blagounettes. Ce qu'elles sont drôles ! Aaah... Ce ton léger, ce faux cool parisien qui dégouline et se répand dans tous les linéaires. Il est très important pour eux de nous parler comme à des débiles. Limite ils nous tutoient en nous tapant sur l'épaule, c'est leur définition du cool. Prêts à toutes les bassesses marketing, ils ramènent leur fraise et ils passent à l'orange. Ils roucoulent pour que le cool coule. Ils nous proposent même de passer les voir. Ben tiens, je vais vous prendre au mot les mecs. Mais je ne viendrai pas seul. Il y aura Pete, Georgie, Dim et moi, des droogies pour des smoothies et on vous obligera à nous faire du Moloko+.

En bons businessmen, ils n'ont pas oublié de faire l'ESCP avant de mettre les gâteaux dans le four. Les ingrédients sont à gauche, la recette est à droite. Quatre hamburgés (en français dans le menu) accompagnés de quelques frites pailletées avenue Charles de Gaulle, 57€... Ferdinand m'a rempli l'estomac et siphonné le porte-monnaie. Il y a quelques mois j'ai croisé Augustin, oui, celui-là, au SIAL. Malgré son visage angélique, il m'a parlé sur un ton pas du tout bio. C'était même plutôt du fast-dégage. Bon , d'accord, j'étais venu parler de risque de fraude, mais quand même ! Bref, la texture de leurs slogans donne à leur purée un goût de vaseline.




Alors écoutez-moi un peu, pauvres nez-de-bœufs, toi le Jérôme, avec ta French bouffe, et toi, le Ferdinand... Me touche pas mon pote, sinon je te fricasse la tête jusqu'à la commotion céréale, service compris. Compris ?

jeudi 30 juillet 2015

Privé de voyage

Autant le dire tout de suite, le tourisme, c'est de la merde. Je sais, c'est une immense porte ouverte, mais elle grince dans ma tête depuis si longtemps qu'il me fallait la défoncer à tout prix. Et le prix justement, c'est la clé. Les sirènes des sites bidule-privé-point-com (cette manie d'être privé de tout !), qui attirent le chaland en vendant des voyages de riches à des tarifs de pauvres, ont pris le pouvoir. Ils ont cassé les prix, les autres ont tout compris grâce à cette formule digne d'Harry Potter, all inclusive. On voit le résultat sur les moldus.

Au terme d'un voyage nocturne et compressé dans ces bétaillères que sont les avions charters, les hordes aussi bruyantes qu'hébétées débarquent dans les lieux hauts de gamme qui, pour assurer la rentabilité, font des compromis sur la clientèle comme on ouvre les valves d'ajustement de pression dans un barrage. Pour tenir sa promesse dès l'aube, le palace doit se travestir en club Marmara. Le peuple migrateur inonde la place et soudain le lobby se remplit d'une ambiance de camping à laquelle il n'était pas habitué. C'est la vague du popu-l'eau qui sent le pastis.

On les reconnaît à plusieurs signes distinctifs, au premier rang desquels figurent, non, plus les claquettes Arena, mais les marques qu'ils arborent fièrement dès le premier petit déjeuner. Là encore, ça sent les sites promotionnels à plein nez, qu'ils ont dévalisés pendant les soldes dans l'unique but de se pavaner autour de la piscine tels des papagayos. Où que le regard se porte, à 360 degrés, vous n'échapperez pas aux accoutrements Superdry et Hollister, couleurs criardes et coupes approximatives, mais bon, faut comprendre, le Rana Plaza n'est pas fini de reconstruire. Cette année, les t-shirts Abercrombie&Fitch rasent les murs... Et l'on reconnaît les gens du Val d'Oise au marcel Jack&Jones qu'ils ont acheté au Marques Avenue de Franconville...

Ça contraste avec l'air désabusé et hautain des habitués du lieu. Ne vous laissez pas impressionner. Ce sont des Patrick Chirac en puissance, justement, avec plus de fric. Le test ultime, c'est la bouffe. Mettez n'importe lequel de ces individus face à un buffet, vous verrez qui il/elle est vraiment. Dans cette configuration, riche ou pauvre, on est tous le même animal, homo beaufus. Et les seuls qui grugent dans la queue, c'est qui, hein, hein ? Ben oui, c'est les français, vindicatifs et gueulards avec leur esprit "j'ai payé, j'y ai droit" que le front populaire a bien vissé dans leur adn. Même les italiens sont médusés.

J+1, après quelques étalages oléo-crémo-gélo-puants, les ados exhibent leur narcissisme boutonneux dans des maillots mini- ou maximalistes, mais toujours disproportionnés, pendant que leurs mères, quadras mures ou jeunes quinquas, se toisent dans un défilé de couleurs claires de femmes, dévoilant leurs vergetures, ou pas, selon qu'elles se prennent pour des égéries de chez Mixa Mémé.

J+2, on prendra soin de réserver son transat avant le petit déjeuner en posant quelque effet personnel dessus. Le summum du glauque.

J+X, on entamera les visites et autres circuits pour gogos. En bateau, en car ou en voiture, par leur unique présence, ils abîment tous les paysages. Le troupeau ne se perd jamais de vue et déferle dans les magasins qui les attendent à camelote ouverte.

Allez, courage, ça va durer 15 jours, vous êtes prévenus. Enfin... On est tout de même mieux dans cet hôtel penta-stellaire qu'à devoir se battre pour son mètre carré de sable pisseux à Palavas-les-Flots.

Le business du tourisme, c'est une arme de beaufisation massive. Finalement, cette fusion des genres entre un tourisme pour riches flattant l'ego d'une poignée de crétins méprisants qui croient que tout le monde a les moyens d'être insouciant, et l'illusion vendue au plus grand nombre, n'est pas illogique. Les uns paient pour de l'isolement, les autres immolent leurs économies pour entretenir leur cohue matricielle tout en lorgnant sur les goûts des premiers. A force de placarder toujours les mêmes photos sur les murs du RER depuis quarante ans, le tourisme est devenu un soft djihad, car s'empiffrer après l'abreuvoir pré-dînatoire est une religion. En route pour cette croisade moderne, façon de continuer à se bousculer, mais de son plein gré. Tout ça pour du sable.

Jean-Marc, tu nous manques.
Copyright Reiser, On vit une époque formidable, 1976


Bon, il faut que je vous laisse, il est 19 heures, le restaurant ouvre, j'y vais maintenant sinon il va y avoir du monde comme à midi une à la cantine.

mercredi 1 juillet 2015

Je retiens un (plaidoyer pour un manager)

C'est la saison des évaluations de fin d'année. J'aime bien cette période, tout le monde est dans l'expectative et cache plus ou moins habilement sa fébrilité en attendant le fin mot, qui en général est un chiffre, et pour certains le mot de la fin. De manière quasi-inexorable, l'issue du process creuse le fossé entre le manager et ses équipes (j'adore les gens qui disent "mes équipes", ça fait tellement plus important que "mon équipe", on croirait qu'ils dirigent des légions romaines) tant ces dernières vivent comme une injustice absolue de ne pas être à l'école des fans. Sauf évidemment quand le premier s'entoure de sbires, comme c'est le cas du mien. Il a sbires, il est clanique, Sbire 2000, Sbire 2000... Dans le monde du travail tout est affaire de bandes, comme dans les cours de récré et les tombeaux égyptiens, j'y reviendrai, en attendant Bring me the network king.

S'agissant de réseaux, on trouve le reflet de cette mièvrerie salariale sur les pages de Linkedin qui dégoulinent d'incantations plus ou moins pleurnichardes envers cette créature chimérique appelée "Leader". Moi, le dernier leader que j'ai vu à la télé, il s'appelait Maximo et il ne m'a pas donné envie de fumer des havanes. Mais à Manageland, le boss est un vilain, le leader est un gentil. Ce qui pose implicitement le postulat que tous les managés sont des gentils. Qu'un nombre incalculable de managers, pardon, de chefs d'équipes, soient des névrosés professionnels voire des pyschopathes avérés qui déversent des hectolitres de stress sur leurs subordonnés, ce n'est pas tout à fait faux. Dire qu'ils le sont tous, c'est encore moins vrai. Promenons-nous un peu dans les couloirs...

Il est de bon ton, aujourd'hui, de décrire le mideul manadjeur comme le contremaître du XXIème siècle. Quelque part entre Koh-Lanta et Caméra Café, il est en version industrielle, ce que le peloton est au Tour de France, ce que le sous-officier est à l'armée : un élément clé du dispositif qui accepte ce rôle ingrat de ciment des troupes, tout en sachant qu'il n’accédera jamais au poste de commandement malgré le D qui entretient cette illusion dans le grade sur sa carte de visite (DAF, DSI, DRH, voire même Dégé). A ce titre il ne faut pas confondre celui qui a commencé tout en bas de l'échelle et qui est arrivé tout en haut, avec celui qui arrive au milieu et qui restera collé dans ce ventre mou toute sa vie extra-utérine. Le manager est un médiateur inlassable entre actionnaires et salariés, ces peuples voués à s'entendre comme un poisson avec une bicyclette. Comme son homologue alcoolique, l'adjudant de bureau vit au contact permanent des hommes et femmes du rang, qu'il est chargé de maintenir dedans. Et cela, ça sert d'os comme dirait le chien du curé. En effet, encadrer une équipe relève du sacrifice le plus pur, de l'abnégation totale, du don de soi absolu. Le frêle "é" d'"écarteur anal" sépare ménagement et management. Car si les salariés sont une engeance, la plainte est leur religion. Qu'un individu normalement constitué leur soit jeté en pâture avec la casquette de chef, armé d'une simple veste que certains prennent et d'autres retournent, et le défilé se met en place... Blanche-Neige a ses sept nains, le manager, aussi...

Grincheux, souffle mieux que personne sur les braises de la mauvaise volonté, quoi qu'on lui dise, quoi qu'on fasse. Il affiche obstinément cette posture aussi bourrue que puérile, il est passé directement de la cour de récréation au staff (cela-dit, y a-t-il vraiment une différence ?). Du coup il ne veut plus travailler avec Prof pour une histoire d'agrafeuse empruntée et pas rendue.

Timide est résigné, il ne prendra jamais parti, n'a jamais d'opinion, à la différence de la Joconde il n'aime pas s'exposer. Il regarde ses pompes quand ça chauffe en réunion, mais n'en pense pas moins et régurgitera tout à la cantoche, le gars vise con.

Atchoum, qui est toujours en arrêt maladie, surtout si on lui fait remarquer qu'il est souvent en arrêt maladie.

Prof, il maîtrise, mais c'est con, il s'écoute parler et ça gâche tout.

Simplet, ce collaborateur si sympathique qui adore le foot et les afterworks.

Dormeur, facile à détecter en réunion, souvent ce chercheur dort.

Joyeux, il fait des blagues, il est formidable.

Le privilège du manager, c'est qu'il a du bonus :


Fayot, qui se frotte sur sa jambe et rit à tous ses bons maux. Fayot est un chorégraphe, qui maîtrise comme personne l'art de se placer.

Délégué du personnel, qui interjectera toujours de bonnes raisons de ne pas faire ce pour quoi il est payé au motif qu'il nous fait déjà une grande faveur de s'être déplacé sur son lieu de travail. C'est Grincheux, mais piquousé à l'idéologie moyenâgeuse, de l'auberge on n'est pas sortis.

Belle ingénieure, du genre jolie et docteure en statistiques, elle est bonne et en plus, elle est bonne, changeons d'univers, c'est la schtroumpfette. Cela lui vaudra d'être quoiqu'elle fasse, le pot à ragots, l'aimant à jalousie, la Maintenon du bureau. L'ennui, c'est que parfois, c'est vrai et l'ingénieure devient ingénue.

Je pourrais continuer, avec Carrément Méchant, Jamais Content, Bordélique, Aigri, Distrait, Glandeur, Psychologiquement Fragile, Grande Gueule, Magueule, Langue de Pute, la famille est étendue et consanguine.

Dans ce maelström d'humanité distordue, notre chefaillon a directionnellement un rôle de méchant puisqu'il n'est pas là pour dire oui à toutes les doléances dont il est abreuvé dix heures sur 24. Parfois, la réalité est vicieuse qui met plus d'un responsable en situation cornélienne. Un Vipi, équivalent corporate du Grand Stratéguerre, lui tient à peu près ce langage : "tu vires 3 personnes dans les 2 mois, ou alors c'est toi qui est viré". Rigolez, c'est arrivé près de chez vous. A peine le temps de souffler dans ce bureauthlon, le voilà danseur du ventre si l'un des bons lui tend sa démission, juste un peu plus tôt que prévu.

Alors regarde, regarde un peu, toi le salarié énervé qui ne voit le monde qu'à travers le hublot étriqué de ta capsule ombilicale, et souviens-toi que dans l'océan du travail les créatures aux habits sales encaissent plus de pression hyperbare que toi.

"People with ties are people who are not smart enough to make money with normal clothes".