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Opinions tranchées, points de vue partiaux, caricatures iconoclastes, analyses simplistes, expressions à l'emporte-pièce, conclusions hâtives...
Des avis sur tout mais surtout des avis. Taquin mais pas moqueur, écorché mais pas donneur de leçon, provocateur... De rires je l'espère.
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mardi 30 décembre 2014

Criminoël

J'ai beaucoup d'affection pour cette période de l'année, cette fenêtre d'hystérie collective qui commence en novembre et finit en janvier. Du Marais à l'île de la Jatte, en passant par la place Jaude ou encore le centre de Vannes, et tout ce que la France et la Navarre comptent de malls, voici autant de laboratoires où l'on peut observer cette masse grouillante prête à tout pour se bousculer. Dans un compte à rebours hebdo-rythmé auquel aucun hérétique de songerait à se soustraire, un tsunami d'êtres (humains) déferle sur tout ce qui ressemble de prêt ou de loin à un point de vente, fût-il numérique, fût-il futile. C'est qu'il faut offrir, vous comprenez ? C'est obligatoire, sinon on passe pour un(e) vilain(e), un(e) qui exagère. Offrir, n'importe quelle merde, mais offrir, en s'auto-persuadant que ça nous fait plaisir. Ce ne sont plus des cadeaux, ce sont des offrandes faites au dieu Amazon et auxquelles participent quelques figurants qu'on verra le 24 décembre.

What a night... La grande bouffe et les petits cadeaux, la terre peut s'arrêter de tourner, ils ne rateront pas leur réveillon, fossilisés qu'ils sont dans la tradition comme un marron dans le cul d'une dinde. Il est de bon ton de pleurnicher, mais de loin, sur ceux qui restent seuls ce soir là. Les plus malheureux ne sont pas ceux qui sont seuls, mais ceux qui sont mal accompagnés. J'en ai rencontrés le lendemain. Allant courir sur l'île de la Jatte le 25 décembre, je m'amusai à slalomer entre ces troupeaux familiaux venus marcher mollement pour roter leur champagne tiède et diverses matières grasses concentrées en nombre dans les bûches de la soirée passée. Est-ce pour cela qu'ils avaient l'air irrité ? Sans doute car ils n'ont pu s'empêcher de nous faire gicler du Gaviscon plein la Jatte.

Il faut dire que la veille au soir, dans une sorte d'apothéose après les semaines de stress sus-évoquées, les verres ont fait gling gling, les rires étaient aussi gras que la bûche suce-doigts, les papiers ont fait tschr tschr, et 24% des remerciements furent forcés. Tout ça pour ça. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est une étude sérieuse relayée dans un article des Echos. Non qu'il s'agisse d'un scoop, mais de constater à quel point la revente de cadeaux est devenue un business, voire un phénomène de société, ça rendrait Woody Allen neurasthénique. Et l'on réalise que Criminoël est l'apologie de l'intention consommable. Des millions de gens qui se pressent par obligation, prêts à s'entre-tuer, pour offrir n'importe quoi à plus ou moins n'importe qui en se donnant bonne conscience au passage, c'est la victoire sans appel de la coalition formée par le consumérisme aplati et le désœuvrement affectif sur la noblesse du cœur. Peu importe, tagueule Nouf-Nouf, ils ne manqueront pas d'immortaliser ces instants avec le smartphone que Papy et Mamy viennent de leur offrir en larmoyant, oubliant que ce matin ils ont failli se battre pour une place de parking au centre commercial. Putain, et c'est même pas un iPhone...

A peine le temps d'avaler deux Oxyboldines, qu'un autre rituel se met en place. Mais celui-là, je ne reviens pas dessus, j'en ai déjà parlé sur les traces de Pierre, aussi j'éviterai de paraphradoter bonne année mon cul. Notons tout de même que l'on accueille l'année nouvelle avec un énième acte de défoulement sacrificiel, en déclenchant la Saint Barthélémy des sapins, dont les cadavres jonchent les rues de janvier. Quelle ironie, il y a plus d'un conifère à qui ça fout les boules.

Pour clore ce carême cérébral, viendra dans quelques jours une nouvelle bousculo-thérapie grâce aux soldes. En réalité ils ont déjà commencé mais chut. Claire Chazal et sa criiiiiise pendue aux lèvres ne manqueront pas de filmer les gogos qui dorment devant les magasins pour être les premiers à s'empiffrer d'articles inutiles. M'enfin, le bon côté des soldes c'est que pendant un mois on se rend compte qu'on se fait entuber le reste de l'année. 

Vous voulez me faire plaisir à Noël prochain ? Franchement, offrez-moi des slips, j'ai trop été dans les magasins.

mercredi 5 novembre 2014

La queue raide

Puisqu'au fil des billets de ce blog nous avons fait plus ample connaissance, je peux désormais vous faire une confidence, un aveu intime. Je souffre d'une maladie de la queue : je la fais. Courte ou longue, droite ou courbée, qu'elle démarre tôt ou tard, à n'importe quelle heure, par n'importe quel temps, à la boulangerie, à la poste, dans une salle d'embarquement, absolument partout. Je sais, c'est mal. Je ne peux pas m'en empêcher. Le pire c'est que je ne me sens pas coupable. Je fais la queue le plus naturellement du monde, je n'ai même pas honte.

J'essaie bien de m'en sortir, j'observe mes concitoyens qui dans leur immense majorité n'ont aucun problème de queue. C'est pourtant simple, arriver, faire mine d'être occupé, le smartphone est allié de choix, et se glisser non pas derrière, mais à côté de la personne qui vous précède. Et puis, y'a plus qu'à. Un petit pas de danse, la valse a mis le temps, et hop, se retrouver devant celui ou celle qu'on suivait.

Bien entendu, si la personne réagit, fait une remarque, un regard qui démasque, plus le choix, il faut se réfugier dans l'absurde et s'offusquer illico, faire des nuées d'étincelles, dénuées de scrupules. Mais je ne vous double pas madame (smiley rouge de colère) ! Roooh, allez-y ! C'est bon quoi, y'a de la place pour tout le monde ! Pour les plus subtils, il y a le best-seller : ziva, c'est quoi ton problème ? Faut-il être notre grand acteur François Cluzet pour assumer quand il double tout le monde, comme l'autre jour au zoo de Vincennes, peut-être se croit-il intouchable, mais quoi de plus naturel que le doublage pour un comédien.

C'est vrai bon sang, faire la queue ça ne sert à rien. C'est peut-être pour ça que c'est la seule discipline où les français arrivent systématiquement devant tout le monde. Je n'ai souvenir que d'une fois dans l'histoire où ils ont volontiers laissé leur place pour monter dans un train, c'était le 17 juillet 1942. Pour le reste, respecter une file est une maladie honteuse à l'intérieur de l'hexagone cerné par Lille, Perpignan, Nice, Strasbourg et Brest. C'est héréditaire et assez contagieux, ça se transmet par le regard, monkey see monkey do. On a tous dans le sang le gène du sans-gêne, sauf dans certains pays bizarres qui ont probablement modifié la séquence ribonucléique avec je ne sais quel grimoire renfermant je ne sais quelle formule ringarde sur la vie en société. Regardez les anglais par exemple. Ces gens-là ne sont pas comme nous, ça se voit tout de suite. Hé bien, eux, ils font la queue. CQFD.

De peur d'avoir des ancêtres anglois, je suis allé voir mon médecin traitant. Ça pour me traiter, il m'a traité. Il m'a examiné, surtout là. Il ne m'a pas ménagé. Il a évoqué plusieurs causes possibles.
- Alex, il se peut que vous soyez un vieux con.
- Ben voyons. J'ai un piercing et je bois de l'Evian tous les jours, ça compte ?
- Non, mais vous avez des signes de psychopapouille. Vous avez des antécédents de priapisme social ?
- Non.
- Vous avez eu des relations avec quelqu'un de droite récemment ?
- De droite ?? Pfff ! Docteur, déconnez pas, vous me connaissez. Je ne suis pas de gauche. Quant à la droite, je marche dedans du pied gauche. Pourquoi me demandez-vous ça ?
- Parce que vous présentez des symptômes de civite.
- Qu'est-ce que c'est ?
- C'est une irritation du lobe civique du cerveau.
- Civique ? Hmmm... Effectivement c'est dans le lobe de droite, ça. Je l'ai lu dans une revue scientifique de référence qui s'appelle Libération. Prononcer le mot "civique" revient à dire "je vote UMP" et "j'aime Nicolas Sarkozy". Je comprends mieux votre question. Vous voyez docteur, c'est vous qui êtes de gauche !
- Ah non, moi je ne suis pas de gauche, je suis proctologue.
- Ben sortez-vous les doigts alors ! Docteur, je fais quoi maintenant, soignez-moi nom d'un pipe. Je ne vais pas vivre le reste de ma vie comme un con en traînant la queue entre les gens.

Il m'a fait une ordonnance, mais je n'arrive pas à la lire. C'est peut-être ça en fait, c'est peut-être une question de vue. Mais oui, tout s'éclaire, c'est parce qu'il ne voient que d'un côté qu'ils ratent toujours la queue, mes concitoyens. Les gens qui ne voient qu'à gauche veulent doubler ceux qui ne voient qu'à droite, et inversement. Un coup à étrangler le borgne. Je rentre dans la première pharmacie, et hop, voilà, encore et toujours, je fais la queue. Suspense... En attendant mon tour je spécule, il y a bien l'acupuncture, mais des aiguilles dans la queue ça me branche moyen. Ça va encore se finir avec des suppositoires cette histoire, j'en suis sûr parce qu'à chaque fois que je fais la queue, je l'ai dans le cul.

vendredi 31 octobre 2014

Echec et maths

Que dire d'un pays qui ne vénère que les forts en maths ? Que ça me véner ? Facile, mais vrai. Depuis aussi loin que ma sous-culture générale remonte, la France porte un culte particulier à celles et ceux qui manipulent les chiffres du bout de leurs neurones, aux équilibristes de l'équation, aux funambules des dérivées secondes. Est-ce par un atavisme géocentrique, un biberonnage aux chiffres arabes, une fascination pour les fruits du boulier ? Peu importe, le fait est. T'as fait l'X, t'es un as, t'as fait autre chose, t'es un nase. Ingénieux ingénieur t'es cador, laborieux universitaire tu finiras chercheur... D'emploi. La blouse ou la louse, quoi, à Nanterre l'emploi s'enterre. Seule chance de se rattraper, faire l'ENA pour apprendre à parler fort afin de masquer son incompétence tout en exerçant les plus hautes fonctions.

Le système éducatif de notre nombriliste pays, qui donne des leçons, est-ce parce qu'il est free, qu'il n'a rien compris, a décrété que la seule chance d'un individu pour atteindre le sérail des élites est de percer l'équation de Drake. On voit où ça nous mène. Pas de place pour une autre forme d'intelligence, fût-elle arborescente. Le filtre est là, insidieusement logé dans l'ADN de n'importe quelle école dès le primaire. Tu rentres pas dans le moule, c'est que tu en es une, il y a les "bons" et les autres. Pourtant j'ai rencontré dans ma vie suffisamment de crétins diplômés des plus grandes écoles pour savoir relativiser. Et la relativité, c'est de la physique.

Le comble, c'est qu'ils sont forts, il faut le reconnaître. Mais à quoi bon fabriquer un Rafale quand on n'est pas foutu de le vendre ? Là est la question. Quand on sait que ce sont les polytechniciens qui, ayant pris le pouvoir chez Dassault au début des années 90, introduisirent la couleur dans l'avionique dudit appareil, ce qui provoqua un rejet immédiat des pilotes, ça en dit long sur la différence entre matheux et pragmatiques.

La France, c'est exactement comme le Rafale. Un super produit, qui a une très haute opinion de lui-même, sauf qu'à force de neuneuter il est arrivé trop tard sur le marché. Les trains sont passés, et ils n'étaient pas d'atterrissage. Alors personne n'en veut plus et tout le monde achète les pièces détachées. Nous voilà devenus officiellement une usine d'ingénieurs qui se délocalisent dès qu'ils sont diplômés, c'est dire s'ils voient un sens à rester dans leur pays. On est trop forts, on a réussi à inventer l'export-nawak : l'unité de production reste en France et ce sont les produits porteurs de renouvellement qui se barrent à l'étranger faute de débouchés locaux crédibles. C'est le point culminant de l'absurdité, pour un centralien fabriqué et aussitôt exporté, le système génère des milliers de chômeurs, condamnant de facto l'économie à la sclérose en plaque.

Bien entendu, les chantres des RH s'insurgeront face à de tels propos. Les RH, vous savez, ce peuple de connasses pétries de certitudes, convaincues de leur philanthropie et qui, bien que dopées par les marchands de logiciels, ne voient pas plus loin que la gestion du personnel. Quoi, comment, même pas vrai, quel scandale, monsieur vous êtes aigri foncé, nous on recrute des gens venant d'horizons (a)variés. Pas des gens d'ailleurs, des "talents", les gens on ne sait pas ce que c'est, ils n'ont pas les bons diplômes.

mardi 30 septembre 2014

Golders Green

Il faut savoir reconnaître ses erreurs et rendre justice. Il y a un certain temps, j'ai écrit ici que les taxis parisiens sont des pourritures. Je m'étais trompé. Ce sont de GROSSES pourritures. Et en plus, ils sont contagieux : à force de desservir Roissy, ils ont lobotomisé les pilotes Air France.

J'ai eu la preuve de cette pandémie lors d'un récent déplacement à Londres. Londres, vous savez, la ville où la deuxième langue la plus parlée est l'anglais, juste après le français. Le New-York à deux heures de train pour parisien en mal de posture dînatoire, la solution idéale pour prendre son shot de branchouillade le temps d'un week-end, le seul endroit où courir les soldes ne fait pas plouc, la ville où des crevards moins assistés que leur direction nous donnent des leçons de business. En même temps c'est normal, ils roulent à gauche et conduisent à droite.

Nous étions six et, au retour d'une banlieue improbable où nous avions passé la journée dans un datacenter (datacenter : n.m. [anglais], endroit où sont abrités les racks de serveurs stockant les données de sites comme celui-ci, autrement dit vraie maison de vos amis Facebook et de nos commandes Amazon) nous cherchions un endroit où vider nos oreilles et remplir nos estomacs... Oui parce qu'une journée dans une salle machine digne de ce nom équivaut à dix heures non-stop de Hellfest avec la tête dans les baffles.

Déjeuner typique autour d'un datacenter anglais

Aussi affamés qu'assourdis, nous géolocalisâmes de la viande argentine à Golders Green. Moi, quand on me parle d'entrecôte, je dis graisse, mais Alain dit go. En route ! Jouant de bon cœur au vétéran avec mes padawans pas tous trentenaires, je leur parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. A cette époque il n'y avait pas d'Eurostar et rejoindre Albyon prenait des heures, voire des nuits. Je leur raconte Londres 1990, et ceci, et cela, et la fierté des cabbies de connaître toutes les rues de Londres par cœur. Ici on n'est pas à Paris, les mecs ! Oui mais là on est six, on est en 2014 et les cabbies c'est cinq pax max. Bon ben on va prendre un mini-van alors. Ça doit être le costume. Six pingouins à la sortie de Victoria, ça se voit venir.

To Golders Green, please. Et le vieux chauffeur à l'amabilité digne d'un garçon de café parisien démarre. Le bon côté, c'est qu'on a traversé Londres en long, en large et en travers. Mais au bout de 40 minutes et 230 gargouillements intestinaux, on commençait à trouver le temps long. Il nous a vus venir, je confirme. Six men in black avec leur sac à pc rivé au cubitus, ça sent le gogo, et quand le décor commence à se répéter comme dans une poursuite de Tex Avery, une étrange odeur de vaseline envahit l'habitacle.

Sur le compteur les yeux rivés, enfin l'arrivée, tout le monde descend. Je tends ma carte.
- Can i get a receipt please ?
- Sorry sir, it's not my cab, i can't use the card terminal.
Le doute s'immisce, la méfiance m'habite. Je tends mes deux twenties.
- Here you are. Can i get a receipt please ?
Et là, l'erreur fatale, la faute de débutant, je descends. Il s'est barré l'enculé ! J'ai beau courir vite, je ne tiens pas le démarrage face à un Mercedes Viano. D'où l'expression : chi va viano, va véner...

Passablement énervé, donc, devant mes collègues goguenards, je jure mais un peu tard qu'on ne m'y reprendrait plus. Au dîner, j'ai renoncé au fromage.

Photo prise sur le beef (réalisée sans trucage)

mardi 26 août 2014

En verre, en vain

Le verre est comme la confiance. Si délicat, fragile, long à façonner. Le souffle chaud dosé à la milliseconde pour éliminer les bulles et donner la forme rêvée, cet arrondi qui bercera les effluves magiques de la Côte-de-Nuits. De Murano à Florence, le voilà comme moulé sur un sein magnifique, voluptueux et fier en haut de sa longue jambe, prêt à rendre accro au Barolo.

Clic, craque, claque. Ébréché. Quel mot à la con. Je préfère "fendu", c'est plus net et ça fait penser à une robe, quoi de plus naturel pour du vin. Et puis quoi, se couper la lèvre à en avoir l'Anjou rouge ? Même pas peur. Je préfère me couper la lèvre que me casser les dents. Éméchée, mot compte trouble. Tu joues un tour, le temps d'un détour, était-ce Château Latour d'y voir le sommelier de l'espoir ? Quel vin versatile...

Cul des bouteilles, c'est toujours pareil, la glue de l'âme de fond pour recoller les Meursault. Mais quand s'aère ne tourne plus rond. Butte sur la fente de tout à l'heure, tu perds pied, te retrouves les quatre verres en l'air. Bris de glace, bris de mots, vin de glace au culot, je reprends mes clics et mes flaques, pourquoi laisser couler des larmes de verre ?

Le doux Banyuls laisse place au vinaigre acide, voilà l'homme à l'amer. Si le noble balsamique conserve un peu de sucre résiduel, le sceptique fausse tout. Et cette odeur de doute sent le soufre. Où est le geyser de l'envie ? Tari à Paris ou réduit comme un Chablis ? Désir qui se tire, ne Suze pas, faut se servir. Un coup à envoyer un message dans une bouteille, oui, mais de champagne. La confiance est carbonique. Sending out an sms...

lundi 21 juillet 2014

Miss Pantémor

Depuis un an, on la croyait finie, à l'agonie, reléguée au rebut avec le rang de ringard renseignement ricain. En juin 2013, les révélations d'Edward aux mains d'agent ont déferlé telles un tsunami de naphtaline sur Langley, faisant de cette bourgade sans intérêt la capitale de l'espionnage à la papa aussi sûrement que Guémené est la capitale de l'andouille. Alors voilà, hein, parce que quelques nerds suréquipés savent en 3 clics si le dernier bar au sel que j'ai cuisiné était un djihadiste potentiel, il faudrait jeter 60 ans de coups d'états et de tortures aux oubliettes ? Ah, non, c'est un peu court jeune homme ! On pouvait dire, oh, Dieu, bien des choses en somme, en variant le ton, par exemple tenez : "Beuaaaaarrr !". Les bonnes vieilles méthodes ça a du bon, essayez donc la simulation de noyade avec mon bar...

Quelle goujaterie envers celle qui a tellement œuvré pour que chacun trouve un Starbucks Coffee au coin de sa rue, qui a si bien babysitté les dictatures d'Amérique centrale, tant extorqué les ressources pétrolières mondiales et si allègrement alimenté le cinéma américain ! Car elle au moins, elle a su être reconnaissante. Depuis sa romance avec Walt Disney dans les années 60 en Floride, elle n'a eu de cesse de rendre à ses arts le napalm qu'elle n'a pas balancé sur les ch'tis vietnamiens. Elle s'est de facto engagée à soutenir les studios pour moderniser le concept de cow-boy. Elle a ainsi pu fournir aux scénaristes des troupeaux de héros musclés descendus de leur cheval pour monter dans leur hélico (voir ci-dessous). Il se chuchote même qu'elle aurait contribué à l'écriture de Game of drones. Mais si, vous avez bien vu, ou alors Netflix vous le rappellera bientôt. Depuis 25 ans, dans tout ce qui ressemble à un film d'action US, le héros est toujours un agent de la CIA ou un ancien agent de la CIA, ou un pote d'un ancien agent de la CIA, ou un type qui aurait bien voulu être un ancien de la CIA. Bref, à chaque fois qu'il rentre dans une pièce en explosant la porte, il sort son Colt et crie "CIA  ! Pan ! T'es mort !" et le méchant tombe comme un régime socialiste au Chili. Un peu aussi comme dans la cour de récré à la maternelle, en fait, sauf qu'à la maternelle je ne défonçais pas tout ce qui ne pensait pas comme moi. Si c'est pas de la régression, c'est une stratégie marketing exemplaire pour créer une marque... Ne riez pas, enfin pas tout de suite, comme toute marque, elle a ses produits dérivés :




Kitch non ? Tout comme cette scène systématique, copiée/collée d'un scénario à l'autre, où un(e) chef énervé(e) fait irruption dans une salle remplie d'écrans et de bonhommes, en défonçant la porte, ah non, il vient de la défoncer au paragraphe d'avant. Et d'hurler "Je veux tout savoir sur ce salopard, ses déplacements, ses comptes en banques, son numéro de sécurité sociale, ses tickets de pressing, les numéros qui manquent dans sa collection de Télé-7-jours, et surveillez moi les aéroports, et bloquez toutes les issues, un café, l'addition !". Et au bout de 10 secondes, le stagiaire de service arrive avec un évident "on vient de le localiser". Le seul ennui avec cette scène, à part qu'elle nous ennuie tant elle est galvaudée, c'est qu'elle est en-dessous de la réalité, et si vous ne me croyez pas, regardez donc votre smartphone dans les yeux...

Tous les décors sont éligibles, de l'Iran au Mexique, pour envoyer ses sombres héros. Les plus veinards font de l'hélico pour dégommer un narco-trafiquant, enfin un truc qui gesticule en bas en criant "Pas coco ! Pas coco !" et qui nous est présenté comme un nain-surgé, surtout s'il est bronzé. Le héros céïesque est alors à califourchon sur le rebord de l'hélicoptère Bell, habillé en costume, aussi branleur qu'un conducteur de T-Max, et il vise avec son H&K PSG-1 en gardant ses lunettes de soleil. Je vous invite à essayer cette posture une fois dans votre vie, vous ne le regretterez paaaaaaaaaaaahhhhhhhhh... Et ça finit toujours en bagarre de saloon parce qu'au bout du bout des 18.000 trous de balles, y'a plus de munitions, mais il reste les traditions. La CIA est à l'impérialisme américain ce que Patrick Sébastien est au beauf : son incarnation. Quant au FBI, on va le laisser finir de neuneuter...

C'est dans ce contexte, alors qu'elle était à la limite de faire concurrence à la Paramount, actrice clandestine d'une réalité qu'elle façonne pour nous l'imposer jour après jour, qu'elle revient en toute discrétion, sur la pointe d'épier. On l'en trouverait presque sympathique. Plutôt que lutter contre celle qui lui a chipé la vedette, elle a décidé de rentrer dans le jeu et de s'inscrire sur Twitter. C'est mignon cette stratégie de déringardisation. En France, on a suivi l'exemple (comme d'hab). On a vu Zero Dark Thirty, on a eu Joséphine ange gardien starring Mimie Mathy. Côté piscine, la DGSE vient d'infiltrer Secret Story...

On a les étoiles qu'on mérite. Pendant que la CIA redore les siennes pour mieux nous les planter dans le drapeau, il semble que nous voulions voir rejaunir les nôtres... Est-ce parce que l'on vient de passer le 17 juillet ?

mercredi 2 juillet 2014

Ca sent le renard

Lundi 30 juin, face aux Fennecs, les allemands ont été des renards du désert. Mais d'ici quelques jours, l'Algérie pourra dire à la France : "nous, face aux allemands, on a su résister !".

lundi 9 juin 2014

Comparator

Tout est business. Même parler du business est un business. Depuis quelques années, les réseaux sociaux professionnels relaient des palanquées d'images aux quotes plus ou moins philosophiques, traduisant la quête de (bon) sens du (bon) peuple de La Défense et d'ailleurs. Vous savez, ces phrases ou ces schémas souvent associés à des personnages célèbres et charismatiques, dont personne n'a vérifié l'authenticité (je parle des phrases). Exemples :



Ces envolées plus ou moins (dé)lyriques sont toujours consensuelles, et bien évidemment inapplicables dans l'entreprise pass'que bon, faut faire du chiffre, hein, et j'veux pas me griller. Vous pensiez que La Défense est une zone urbaine ? Détrompez-vous, c'est un immense champ de carottes. Alors entre deux réunions, pour oublier qu'on va se faire tirer comme des lapins quand on aura 50 ans, on like ces pseudo-citations qui nous donnent du baume au cœur et une vraie bonne conscience, qui alimentent l'illusion que les choses changent. Oui mais... Que les attentes changent ne fait pas changer les choses. Changing is not a spectator sport. Alors on s'en prend à la crise qui fait que bon ben oui mais là, non, ou bien à une prétendue génération Y qui fait rien qu'à pas vouloir travailler. Et en attendant, à défaut de changer vraiment, on raconte, on déplore, on partage, on rêve, Madame.

C'est dans ce contexte que mon corps astral professionnel a réagi au stimulus d'un article relayé ces jours-ci dans un groupe de discussion, sur mon réseau social préféré. Nan, c'est pas Facebook, il y a longtemps que Facebook n'est plus un réseau social. Un pilote de ligne en pleine reconversion professionnelle y tente la comparaison entre le pilotage d'un avion et le management en entreprise. Ah, la belle affaire ! Le business de la comparaison, ça aussi ça marche bien. Que seraient TripAdvisor ou Expedia sans ce modèle ? Ayant bien intégré que dans ce monde bigdaté on peut tout comparer, et surtout, trouver des corrélations entre tout et tout, à partir de petits riens, certain(e)s ont suffisamment de bagou, ou de naïveté, ou de calcul, ou les trois à la fois, pour faire un story-telling si bien huilé que ça devient un fonds de commerce. A titre d'exemple, les anciens des forces spéciales ont senti le filon, eux aussi dans une logique de recyclage. Les voici les voilà, désormais consultants, animant conférences et séminaires, racontant leurs faits d'armes pour galvaniser des wagons de cadres avides d'héroïsme qui projetteront leurs fantasmes call-of-dutiens sur les récits des ex cités. Et ils rentreront, convaincus qu'au bureau il faut faire comme au RAID, en même temps, il vaut mieux ça que le contraire. Rompez.

Mais revenons à nos avions. Ainsi donc, en sept points et autant de paragraphes, notre commandant de bord nous explique tout qu'est-ce qui est bien dans un avion et qu'yfaukon applique en entreprise où forcément, c'est tout caca. Sur ce dernier point, on ne peut pas lui donner tort. Pour le reste, si c'était aussi simple que de dire "PNC aux portes, armement des toboggans, contrôle de la porte opposée", ça se saurait. Chaque jour en entreprise nous amenant à nous demander s'il y a un pilote dans l'avion, on pourra toujours trouver quelque chose à (re)dire dans ce registre. Tenez, prenez le cas de l'AF447. Ça ne fera pas revenir les 228 victimes de ce drame, mais on songera : 

- à la confiance aveugle des dirigeants envers des indicateurs et tableaux de bords très bien vendus, très moyennement testés, et finalement faux à cause de malfaçons techniques
- à un commandant orgueilleux qui a refusé de contourner la tempête alors que tous les autres vols le faisaient (« on va pas se laisser emmerder par des cunimbs… ») 
- à un manque de coordination des pilotes au moment de prendre la décision cruciale 
- à des lacunes dans les compétences techniques des mêmes, qui ont fait monter l’avion alors qu’ils pensaient le faire descendre, et il fallait le faire descendre

La semaine prochaine, nous tenterons de comparer la recette des cupcakes vanille avec les problématiques de cybersécurité.





vendredi 2 mai 2014

Hauts plateaux, bas instincts

Dans cet univers feutré où les cravates désormais unies entrelacent des escarpins sexy, où le pédigrée moyen est un bac+5 de belle facture, où les manières sont so soft et où chaque mot est soigneusement pesé, périphrasé, ciblé, enrobé comme un suppositoire, les restaurants d'entreprises sont des laboratoires inédits et fort intéressants pour qui s'intéresse à la nature humaine.

Exit, les bonnes vieilles cantoches d'autrefois ! Les "R.E." modernes portent des noms exotiques, se prennent pour des lounges et abritent en théorie un moment de pause et de convivialité au milieu de journées brutales. Pourtant, pour une raison qui m'échappera toujours, chaque client semble devenir, en posant le pied sur ce carrelage où une semelle glissante vous ferait immédiatement passer pour le Pierre Richard de (premier) service, une sorte de Mr Hyde ou Mrs Hydette en puissance, un(e) Manimal aux dents acérées.

Les hostilités démarrent à 11h55, pass'qu'après c'est blindé. Une amie qui travaille dans une grande banque verte et blanche m'expliqua un jour à quel point l'heure du déjeuner y est un marqueur social. Plus on est chef, plus tard on déjeune. 13h30 est de bon ton, même s'il n'est pas sûr qu'il reste du bon thon. Aller se restaurer à midi quand on est directeur, c'est d'un populo ! Pour un peu ce serait mal vu. Ils sont bizarres ces banquiers...

Bref, la matinée s'achève à peine que voilà des hordes de collègues bavards dévalant en meutes l'escalier et se retrouvant comme de piaffantes pièces de Tetris à l'entrée de ce sanctuaire appelé selfL’œil noir et le couteau pointé comme une baïonnette, les affamés se lancent dans un parcours de mangeur de combat où chaque autre individu est désormais un ennemi. Bienvenue à The Food : seule la nourriture compte. Tiens, je vais proposer le concept à TF1. Prendra-t-il ma bouffe, me doublera-t-il à la caisse, prendra-t-il ma table ? Était-on en réunion ensemble il y a un quart d'heure ? Peu importe, maintenant c'est un concurrent de steak, un adversaire de filet de dinde. Se faufiler justement, voilà un  premier challenge. Si les plateaux étaient bordés de lames de rasoirs, on pourrait en tailler, des costards ! "Oh pardon, vraiment... C'est rien, c'est de la béarnaise...". Où donc avais-je les yeux, quoi donc avais-je dedans ? De la béarnaise, sans doute. Arrivant par grappes, les collègues se défragmentent au gré des graisses plus ou moins gluantes présentées en grains, agrippant des plats du jour qui remonteront l'après-midi. Au comptoir à salades on se retrouve en configuration cocktail, les chanceux ayant accès aux bacs rechignant à se pousser pour laisser la cuillère à ceux que ça fait chier d'attendre, c'est la quintessence du body language.

Vient la caisse et son bip monoprien. Et nous étions cent vingt à être le suivant de celui qu'on suivait... Chaque tribu a un éclaireur, celui qui passe en premier et qui a la lourde responsabilité de trouver une table. Ce genre de sport est réservé aux forces spéciales de l'équipe. La repérer, sauter dessus, déloger les éventuels insurgés (il y en a toujours) et sécuriser la zone. Un travail de nettoyage pour préparer la conversation conventionnelle qui suivra, peuplée à 99% d'histoires de bureaux, de chefs à la con et de jérémiades sur les droits d'admission facturés par le prestataire en charge du restaurant. Car en effet, le cœur de la cantine est là, dans cette séquence tout ça pour ça. Dix minutes de guerre, vingt minutes pour ingurgiter les râles des autres. Alors, pour conclure, on traînasse au dessert malgré les suivants de tout à l'heure qui cherchent maintenant une table aussi désespérément qu'un parisien cherche une place pour se garer. Qu'ils mettent la pression en stationnant ostensiblement à côté de nos assiettes vides, et l'on prendra un malin plaisir à sortir les smartphones pour se montrer des photos dont personne n'a rien à foutre (c'est à ça qu'on reconnaît les photos de smartphones). Après quelques minutes de cette guerre psychologique, on daignera se lever. Alors le geste grave, alors le regard fier, on ramène nos betteraves jusqu'en pleine lumière.

S'en suivra le même scénario en sortie de l'antre cantinesque, dans l'endroit le plus important et le plus stratégique de l'entreprise : la cafèt, pour ce moment viscéralement inscrit et rigoureusement indispensable à la culture française : le café. La terre peut s'arrêter de tourner, on ratera pas son expresso. Heu... Allongé pour moi, s'il vous plaît.

Le collègue de travail est une créature angoissée. Il a peur de manquer : manquer d'amis pour déjeuner, manquer de nourriture, manquer de temps. Surtout, si vous croisez un collègue glouton qui commence à stresser à 11 heures, rassurez-le. Projetez-vous dans une relation parent-enfant et dites lui que vous allez l'accompagner. Et pour le faire patienter, diffusez un peu de parfum d'ambiance "cantoche torride".

mardi 25 mars 2014

L'amour au camembert

Non, rrrrien de rien, non, je ne grrrratte plus rien...
Non, je déconne. Je gratte, beaucoup même, mais dans des fenêtres professionnelles. J'en passe des soirées à noircir des écrans. Gratter autant, alors que la vie est un jeu de tirage, quel mauvais calcul !

Il ne faut pas se tromper de tempo. Contrairement aux apparences, notre vie n'est pas rythmée, elle est algorithmée. J'en ai eu une preuve de plus l'autre jour avec un jeune collègue. Jeune collègue, ça veut dire la trentaine. S'il avait eu 44 ans, j'aurais dit très jeune collègue. Nous marchons comme des soldats en campagne, avenue de la Grande Armée, en route pour un rendez-vous. Mon collègue F. la trentaine donc, aussi chevelue que barbeuse, barbante aussi peut-être, presque beigbederienne et résolument célibataire, me fait remarquer la publicité que le bus nous jette à la figure. Une pomme violette faisant l’apologie de l’adultariat en ligne, un vrai must si l’on en croit le slogan. Un segment de marché à part entière, après que Simon Cynique a bien balisé le terrain des rencontres ex machina. Et non, je ne vous ferai pas un jeu de mots pourri du genre "annonces mythiques pour relations toc c'est merdique" ou "annonce mi-tic, mi-boudin". Zut, je l'ai fait.

En dix ans notre entremetteur 2.0 a fait du célibat ce qu’Audi a fait du diesel : transformer un handicap social en fierté, en état de fait qui représente 66% du marché, en institution républicaine. Dans les années 80, être célibataire c’était une maladie honteuse. Aujourd'hui, c’est un privilège, le droit de consommer de l’humain, de se gaver de pubis frais, d'adopter des mecs et de s'enrouler dans des peaux de cougars. Fais attention François, touche pas à mon écran ! Sinon tous les clavisexuels du pays descendront dans la rue, te remettront sur ton scooter direction Tulle, bloqueront les taxis (ça je veux bien) pour revendiquer haut et fort leur droit à la BMA (Baisouillette Meetiquement Assistée). Un motif en or pour faire défiler toutes les Frigide de France !

Le bus à pomme s'éloigne et mon collègue me dit tout de go qu'il a essayé les sites de rencontres classiques et que ça marche pas mal. Il n'en fallait pas plus à Alexagère pour sortir de sa tanière. "Ah bon, ça marche pas mal ?". Et lui de m'expliquer comment et pourquoi les algorithmes affinitaires permettent de cibler la recherche sur des personnes "adaptées". Bon sang, "adaptées", rien que le mot fait peur. Il rentre un nombre ahurissant de paramètres aussi personnels qu'improbables, comme la température idéale de cuisson de son poulet, et le site lui renvoie la poulette rêvée à la peau bien dorée. Un peu trop belle l'histoire, non ? Dans ma grande naïveté, je ne peux m'empêcher de lui demander : 
"- Est-ce que c'est parce que vous aimez tous les deux le camembert que vous ferez bien l'amour ?"
- Nan, mais faut pas le voir comme ça.
- Ben... Quand même un petit peu. Le préfabriqué, par définition, ce n'est pas fait pour durer.
- La durée, c'est bon pour les macarons, et encore. Qui te parle de durée ? Je ne cherche pas forcément la femme de ma vie. Et quand bien même, en regardant bien, les mariages arrangés c'est la trame de reproduction de l'humanité depuis la nuit des temps, et à tous les niveaux. Ça n'est pas mieux, c'est même franchement plus hypocrite.
- Un point pour toi, mais enfin, tout ce consumérisme..., dis-je en mimant un smiley triste.
- Pas d'accord. Je n'ai pas l'impression de consommer. La machine me permet de gagner du temps, c'est tout.
- C'est tout ? Ce n'est rien, ou plutôt, ce n'est que le commencement. St. Exupéry a raison, avec sa rose. Un jour on fera des sites de rencontres pour les chiens...
- Ça existe déjà !
- Remarque, c'est le meilleur moyen pour rencontrer une vraie chienne !
- C'est toi qui devient cynique, là. T'es lourd à tout intellectualiser. On dit la même chose en fait. C'est juste de la mise en relation. Matchmaker, matchmaker make me a match... Après la rencontre, c'est la vraie vie qui prime et il se passe un truc, ou pas. Personne n'est dupe.
- Ouais mais quand même, faire défiler des tronches à la pelle, ça pousse à la consommation, au jugement instantané, à la note de gueule.
- Ben oui, comme dans la rue.
- Et tu crois que tu pourras tomber amoureux un jour via cette interface ?
- Pourquoi pas ? Il y a quelques temps j'ai rencontré une fille très belle, on a très bien fité le mindset, affinités croisées, je lui plaisais aussi...
- Et ?
- Je n'ai pas pu, elle avait une haleine de camembert.
- Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute..."

lundi 24 mars 2014

Le colis

Madame, Monsieur,
Suite à un gros colis collé sur mon bureau à la station Pont de Neuilly, le trafic est ralenti sur l'ensemble de mes lignes. Le retour à la normale se fera dans les meilleurs délais. Merci de votre compréhension.

mardi 18 février 2014

Dieu : droit de réponse

Suite à mon article précédent, Dieu a écrit à la Haute Autorité de ma Conscience pour faire part de sa colère. Il a réclamé un droit de réponse en vertu de la LCEN n° 2004-575 du 21 juin 2004. Conformément aux dispositions légales prévues, je publie ci-dessous l'intégralité de sa réponse.

"Mon cher alex,

Le 4 février dernier tu m'a adressé un scud en forme d'article à la gomme, même pas mal, dois-je te rappeler qui je suis. Je tiens toutefois à te rappeler quelques fondamentaux, le premier d'entre eux étant que pour s'adresser à moi, il vaut mieux être en position de la ramener. Puissiez-vous, tes semblables et toi, ne pas les transformer tout de suite en fondamentalismes (on peut toujours rêver).

Je suis Dieu, je vous ai tout donné. Je me suis grouillé de vous concevoir un endroit sympa, six jours c'est pas donné à tout le monde. Je vous ai construit le paradis sur terre, parfaitement aménagé, avec une grande pièce à vivre, idéal pour couple avec enfants. Le septième jour je me suis posé un peu, j'étais crevé, mais assez fier de mon œuvre. Du coup je me suis dit que j'allais y ranger mes économies, un peu d'or et de diamants hérités du Big Bang. L'ennui, c'est que vous les avez trouvées. A peine une génération et hop, les problèmes ont commencé. J'avais des raisons d'être prudent. Il a fallu Noé, et ça n'a pas suffi. Vous avez un bail de trente mille ans, et rien que dans les 150 dernières années toi et tes connards de semblables vous vous êtes comportés en virus. Vous avez vidé, ravagé et pourri votre planète hôte à un point tel que c'est devenu une décharge nucléaire rotative, une toupie à retardement que si une mouette lâche un guano au mauvais endroit ça fera un beau feu d'artifice pour les futurs habitants de Mars. On voit le résultat : 7 milliards de daltoniens qui pensent que leur planète est bleue alors qu'elle est rouge depuis longtemps. Enfin bon, je vais pas faire ma Zazie, elle a déjà dit tout ça. Fallait-il être une femme pour être une créature intelligente.

Vous êtes odieux. Je vous ai fourni tout ce qu'il fallait pour être heureux, et vous êtes là à m'implorer, à me faire chier pour le moindre bobo, à m'invoquer pour le moindre massacre. Ok, j'ai peut-être merdé sur un ou deux trucs, visiblement les hommes naissent ego pas droit. Et surtout j'ai fait fausse route en pensant que vous sauriez apprendre. Finalement vous ne valez pas plus que des poulpes, si ce n'est qu'eux, apprendre ils aimeraient bien. Ils ne connaissent pas l'orgueil. Ce n'est pas ma faute si vous détestez tout le monde parce que vous vous sentez mal aimés. Toute la sainte journée vous fabriquez du fiel bon pour le tout à l'ego. Nom de moi-même, ces mortels m'ennuient. Mon psy me dit que c'est parce que je supporte mal l'immortalité. Un partout, l'enfer au centre.

Je suis Dieu et je n'ai pas envie de pardonner. Alors regarde, regarde un peu, tu verras tout ce qu'on peut faire si on est Dieu...Vois-tu alex, désormais il peut s'en passer des intempéries, il peut en pleuvoir des bombes atomiques, s'en perpétrer des faits divers atroces, en naître des Pol Pot, encore et toujours une histoire d'eaux et d'os, je m'en lave les mains. Suite à un mouvement social, le trafic est interrompu sur l'échelle du paradis. Jacob et son lointain descendant, le petit bonhomme qui est monté me voir dans une canette de Red Bull, devront repasser. Je fais grève, je vais m'installer dans le canapé et regarder le monde brûler. Il m'a fallu six jours pour le faire, vous avez eu besoin de trois illusions pour le détruire alors que mes maquettes précédentes, les dinosaures, ont tenu 165 millions d'années. Et vous vous dites évolués ! Laissez-moi rire.

Du haut des cieux, j'ai eu le nez creux, en même temps c'est normal, le grand air ça débouche les narines. J'ai créé d'autres mondes au cas où. A défaut d'être intelligents vous voilà sophistiqués et depuis peu vous découvrez des exoplanètes. Vous ne tarderez pas à vous apercevoir que vous n'êtes pas seuls. Mais comme vous êtes cons et auto-centrés, c'est-à-dire concentriques, ça brûlera votre façon de croire en moi au lieu de me rendre d'autant plus hommage, quel dommage, quels dommages.

Voilà mon cher alex, toi qui ne mérites pas de majuscule, toi qui as cédé à la facilité en parlant de moi puis en parlant à moi - un moment, j'ai cru que tu étais journaliste - garde tes grands reproches et tes petites histoires qui ne font rire que toi, tu peux les utiliser en suppositoires, car comme tu le sais, les voies du seigneur sont impénétrables.

Eternellement,
D."

mardi 4 février 2014

Dieu, c'est quand ?

Que répondre à cette question d'enfant entendue il y a quelques jours et sur laquelle des générations de rabbins ont usé le fond de leur schtreimel sans réussir à trouver une réponse unanime ?
Grosso modo, dieu c'est quand il arrive quelque chose de bien.
Oui mais non. Trop facile. Surtout que le principal intéressé a peaufiné son joli rôle, il a développé une version dieu point zéro. Quand l'ambiance est au beau fixe, c'est tout grâce à lui. Et quand ça se gâte, qu'il arrive quelque chose de mal, c'est qu'on l'a bien mérité. Trop drôle, quand je repense à cette tempête qui noya Lourdes il y a un an. Le business case est bien construit, tout bénèf. Dieu est un as du marketing, il doit travailler chez Orange. Peut-être est-ce pour ça qu'il est constamment sur messagerie. A force de commettre des forfaits il a explosé le sien. J'ai bien tenté de lui envoyer des sms depuis le mur des textos à Jerusalem, mais pas de réponse. Oui vraiment, il doit travailler chez un opérateur télécom pour ignorer autant de réclamations et trimballer autant de bugs. Au choix : cancer, trafics d'organes, violence envers les enfants, génocides, The Voice.

On ne va pas tous les lister, il nous faudrait la capacité de stockage de la NSA. Le fait est qu'aujourd'hui tout le monde s'accorde à dire que dieu ne fait pas son boulot. Dieu c'est quand tu veux résilier ton abonnement. Là, il se réveille. Le service commercial t'appelle. Dans l'organisation divine, c'est le Département Coulpe. "Allo, bonjour, nous avons bien noté votre demande. Sachez que si vous résiliez maintenant, vous perdrez vos miles et votre statut premium qui vous donne droit à un espace plus grand au paradis. Connaissez-vous notre programme 'changer de missel/tapis/talith' [rayez les trois mentions inutiles] ? Si vous vous ré-engagez pour 24 ans, nous vous fournissons un missel/tapis/talith [rayez les trois mentions inutiles] haut de gamme pour juste un euro !". Ça marche plutôt pas mal, ils arrivent à limiter l'attrition client. En revanche, côté après-vente...

S'il est vraiment chez Orange, il a un emploi à vie, et en plus il s'est fait élire délégué du personnel. Bref, il est invirable. Il a bien joué en se faisant tailler un statut de fonctionnaire. Pour les autres, il a créé les DRH. Dans le privé, au vu de ses résultats et de son âge, il y a longtemps qu'il aurait été viré.

Les candidats à The God (saison 2) pendant une battle
Bien sûr, il a laissé émerger quelques spin-offs, histoire de créer une concurrence artificielle pour inonder le marché. Toutes les maisons mères ont leur filiale low-cost. Les dirigeants de la sous-marque ont voulu se démarquer en donnant une figure à leur divinité. Hop, on passe de dieu c'est quand à dieu c'est qui. C'est toi ? Ben non. C'est toi alors ? Mais non !! Messie !! Bon sang c'est qui à la fin ? Comme dirait le nouveau Robocop : quand on n'a plus de héros, on les fabrique. Alors, faute de candidat naturel, on auditionne un juif baba-cool intermittent du spectacle vaguement acrobate (est-ce que sa mère aurait participé à la manif pour tous ?), ayant connu un succès d'estime avec la comédie musicale Judas m'a tuer, on suspend son contrat au bout de 33 ans et on dit que s'il est perché là-haut c'est à cause des clous Bensimon... Et ça marche ! Du feu de dieu. Ça fait un méchant tout désigné, qu'a un gros nez, et un beau logo à afficher au fronton de toutes les franchises, au cou de Madonna et un peu aussi dans les écoles, mais bon, on est laïque ou on ne l'est pas.

Comme les super-héros ont besoin de leur super-vilains, dieu a les siens. Après tout ils sont sa raison de vivre, et de nous faire culpabiliser au passage. Ils se succèdent, il en chie, et à la fin il perd. Mais comme c'est dieu, il revient, il revient, il revient parmi les siens. Dieu est unbreakable. Attendez voir, Superman, Spiderman, Batman... "Ils seraient pas un peu juifs ?" diront les super-hérauts de la quenelle coincée. Dieu, c'est quand ?  C'est quand tu veux.

Mais je ne suis pas venu vous dire que dieu n'est jamais là, surtout les soirs du tirage de l'Euromillions quand je n'ai pas joué. Ça vous le saviez déjà. Je ne vais pas tirer sur l'ambulance qui l'amène à son hôtel. Dieu c'est quand il y a absence momentanée de héros. Oui vraiment, quand on n'a plus de héros, on les fabrique. Je m'étais fourvoyé. Dieu n'est pas fonctionnaire, c'est un urgentiste, un interimaire de luxe. Ou un coureur de castings, qui n'hésite pas à se grimer d'une barbe pour décrocher le rôle. Et s'il est mauvais acteur, il a eu l'intelligence de créer des univers. Il y a le dieu pour pardonner toutes nos horreurs, et le dieu pour nous faire rêver. Dieu devait être à Yalta. Quand on voit le résultat...

Le 14 octobre 2012, il y en a un qui a décidé de monter au ciel pour lui dire deux mots. En arrivant, il n'a pas été déçu. Il dût constater par lui-même que les locaux étaient vides. Finalement, c'était peut-être pour lui que dieu avait conçu cet endroit. Pour le lui louer plus tard. Un investissement locatif. Dieu est business, sentiment insidieux. Alors son visiteur ne s'est pas attardé, dieu, c'est quand tu es à 39.000 mètres d'altitude, et que tu sautes. Ce jour-là, j'étais devant mon écran. Je n'ai pas honte de dire que quand je l'ai vu s'élancer, j'ai fondu en larmes. Les évangélistes journalistes commentateurs crétins de tout poil ont eu beau nous expliquer que c'était rien que du marketing, sans blague, merci les mecs, ça c'est de l'analyse, et même si tout ça c'est pour vendre des caméras, vous, petits dévots de mes deux, vous l'auriez fait ? Je ne suis pas venu construire un veau d'or avec un taureau rouge. Ce jour-là, dieu avait mis une combinaison. Il a réalisé que là-haut, il n'y avait que son reflet. Dieu, c'est quand tu es du bon côté du miroir.

Sometimes, you have to be up really high to understand how small you are...
Felix Baumgartner, 14/10/2012.

mercredi 22 janvier 2014

Bienvenue chez les tchis

Les déplacements, c'est bien. C'est l'occasion de quitter la grisaille et la désespérante platitude quotidienne des collègues gémissants pour visiter le monde, ou bien la chambre de commerce de Guéret, pour les moins chanceux. Dans tous les cas, c'est un enchaînement de protocoles dont vos colocs de bureau apprécieront la narration, car ils prendront le récit de vos journées interminables dans une blafarde salle de réunion new-yorkaise pour une épopée sur la route 66. Tout est dans le story-telling. Mais ne crachons pas dans la soupe, les déplacements j'adore ça, cette semaine j'ai pu m'évader pour le cœur ensoleillé de la cité phocéenne. La confirmation tardive d'un client pour un rendez-vous arriva pendant mon trajet aller, changeant le plan initial et m'obligeant à rester stationné surplace pour la nuit au lieu de rentrer le soir. Qu'à cela ne tienne, un Monoprix plus tard me voilà équipé, comme il se doit, du kit de survie en milieu hostile. Je peux me rouler dans la boue pendant des heures, mais ce sera toujours avec un slip propre. Slip donc, brosse à dents, et surtout chargeur d'iPhone, concrétisant trente années de progrès technologique pour réinventer le téléphone avec fil... Double retors, car sans appli il n'est plus de salut, icône Novotel, process réglé en moins d'une minute, la smart-life nous réserve plus de chambres d'hôtels que de surprises, pour un peu on se prendrait tous pour des maîtres du monde alors qu'elle nous rend de plus en plus esclaves.

Le soir venu, je pars en bon aventurier extra-périphérique explorer les alentours. Canebière, me voilà ! J'aime Marseille. Entre exagérateurs on se comprend. Et puis c'est en visitant cette ville que j'ai découvert tant de choses, notamment l'Afrique du Nord, le premier qui me dit que je suis raciste, je lui mets la tête dans une brique à La Joliette. La Joliette justement, où je m'engouffre dans le tram direction Belsunce. Nine Inch Nails gicle de mes écouteurs, mais je suis plongé malgré moi dans la conversation de la jeune femme assise en face. Car chez ces gens-là monsieur, on ne parle pas monsieur, on ne parle pas, on gueule. C'est un fait établi, une marque de  fabrique et une fierté locale, elle s'exprime avec cette voix rauque qui ferait passer Joey Starr pour un garçonnet pré-pubère, et avec cet accent dégénéré à côté duquel un ch'ti trisomique passerait pour Bernard Pivot.  "- ALLO ? Mais tchi m'avais dji qu'tu passerais aujôrdji ! Vasji, bâtard, va ! Tchi peux repasser mardji ou mercredji ?". Encore, elle aurait l'accent pétasse, comme toute bonne parisienne, je ne dirais pas, mais là, peuchère !

Quatre stations et une souffrance auditive plus loin, je suis tellement dépaysé que j'ai l'impression d'avoir fait deux heures de vol. Car Marseille, disons-le tout de go, c'est des paysans. Il suffit de voir comment les gens vous observent quand vous êtes sur la Canebière, pour ressentir le malaise du crocodile qui est rentré dans une maroquinerie. Comment dire, la faune locale instille une ambiance où il vaut mieux avoir la Rolex discrète. Tous ces géants d'un mètre quatre-vingt dix, en survêtement-casquette, qui me regardent de travers alors que merde quoi, je me faufile avec mon petit costume et mon trench, ça me rappelle l'histoire de la grenouille à grande bouche (du Rhône). J'ai pas mal bourlingué, j'ai traversé Kiev de nuit bourré comme un ukrainien, je me suis baladé le soir dans Alger, sans jamais ressentir de stress. Mais là, bon ben, je vais pas trop traîner en fait. Je glisse à pas feutrés, dans une espèce de moonwalk, c'est à peine si l'on aperçoit le "itulreb" sous mes semelles, vraiment pas de quoi fouetter un consultant. Quoique.

Ne pas traîner, ne pas se faire égorger, juste manger. Enfilade de petites rues, hésitations. Ce soir j'ai décidé d'être unplugged, de la jouer acoustique, sans antisèche électronique, c'est so 2006 ! Aaaah, le vieux port, ses ruelles avec leurs alignements de fausses brasseries qui tendent les bras aux gogos de passage pour leur servir du gras déguisé en aïoli et de vraies bouillabaises... Je vais pas faire le difficile, je suis seul, j'ai faim, autant dire je ne suis pas en position de la ramener. Une petite table entre un groupe de russes et un couple hollandais, ça ira bien. Et ça fait des grands schloups, et ça fait des grands schloups... Et je pense à demain, quand je longerai la corniche, la simple vue de la Pointe Rouge me remplira de joie. Je kiffe If ! Oups, j'ai fini les croûtons. Au moins me voilà réchauffé, prêt à roter toute la soirée. Blurp.


Le lendemain matin, c'est le protocole du cadre en déplacement. Ça commence dès le réveil, quand on entend la douche du voisin se déclencher en même temps que la nôtre, et l'on se dit "meeeeeeerde, j'espère que j'aurai de l'eau chaude". Tels des veaux grégaires, nous descendons tous ensemble au petit-déjeuner via l'ascenseur omnibus qui ramasse les visages endormis de commerciaux usés diffusant les effluves de leur mauvais after-shave, goût chèvre. Dans cette cellule c'est l'ultra-moderne solitude, un mortel casting de commis voyageur qui aurait inspiré Miller. Prendre son plateau, ramasser trois viennoiseries au cholestérol(ex), trouver et s'installer à une table qui n'a pas eu le temps d'être nettoyée. Un peu de piétinement autour de la machine à café, drogue tellement sacrée qu'elle énerve les gens même à l'extérieur de la tasse. Mâcher mollement en essayant de ne pas écouter les conversations des groupes voisins qui distillent bruyamment leurs histoires de bureau et leurs blagues qui ne font croustiller que leurs Corn Flakes. Refaire la queue pour le check-out, je vous agrafe le reçu ? oui merci, au revoir madame. Il est huit heures, Marseille bouchonne, mais ça sera toujours plus sympa que Paris. Qu'est-ce que je pourrais inventer pour rater mon train ?

lundi 6 janvier 2014

Des pourris et des hommes

Longtemps, je me suis bridé de bonne heure. Tout en retenue, j'ai résisté à la tentation, si forte pourtant, aussi intense mais moins carbonisée qu'un ristretto vendu par George Clooney. Oscar Wilde eût beau jeu de faire des phrases, si galvaudées depuis, sur la tentation. Le brave dandy avait tout loisir de dire en son temps "les envies prennent vie du côté de mes trous". Mon envie à moi, celle qui me ronge, qui me fait bouillir, est moins troglodyte, bien que noire comme le fond d'une caverne. Et quoi ? La pulsion de dire du mal ne saurait rester l'apanage de quelque clown sombre, fût-il un parfait nègre pour les discours d'Adolf Hitler. Il devrait faire attention d'ailleurs, on commence en haïssant les juifs, et on finit par détester les noirs et les arabes. Gare Dieudonné, tu files un mauvais barbelé ! Peut-être est-ce pour ça que tu veux en découdre. Peut-être est-ce par manque d'inspiration, par excès de concentration ou par zèle de nostalgie puisque le mot quenelle vient de l'allemand knödel. Heureusement qu'il existe à Paris de délicieux knödels casher, car je commençais à me demander ce qu'on peut attendre d'un pays où les gens font plus volontiers la quenelle que la queue, à l'exception des restaurants de falafels donc, où ils font l'une pour manger l'autre. Queue de paradoxes. Mais j'arrête là, sinon je vais avoir des idées noires, et me faire black-lister au motif que je suis antislam. Un comble, moi qui écoute Grand Corps Malade, qui est quand même beaucoup, beaucoup plus intéressant que grosse-tête-complètement-malade.

Dans cette ambiance so 1933, entre les plus âgés qui cautionnent par leur silence et les plus jeunes qui prennent ça pour une banale provoc' rigolote, je me suis dit, y'a une place à prendre. Y'a pas de raison, moi aussi y'a une race nuisible que je déteste, contre laquelle je vais laisser libre cours à mes instincts les plus bas. Il est temps de rétablir la vérité, de dire haut et fort à l'humanité quel ver immonde elle a mis au monde... Je hais les garagistes ! Dans le hall of fame des cafards à deux pattes et un seul neurone, il trônent à côté des taxis parisiens. Est-il créature plus malsaine, arrogante, malhonnête et retors qu'un garagiste ? L'homme au Delco entre les dents vous attend. Ah ça, il a le sourire. Il peut, puisque le simple fait de venir à lui vous coûtera 300 euros. Oui, même pour une Twingo. Et oui, même avec les pubs à la télé qui vous promettent des factures capées à 79 euros. La prochaine fois lisez bien les petites phrases qui défilent à toute vitesse en bas de l'écran pendant que monsieur Durand se fait enfiler un café, par le gentil chef d'atelier qui remplace George Clooney - encore - pour l'occasion (pour les véhicules neufs, George se déplace).

Il est vrai que l'on a le choix : aller chez le concessionnaire officiel pour avoir le carnet tamponné et la vaseline offerte. Ou bien se rendre dans un réseau franchisé type Speedy, où l'on vous garantit le même niveau de malhonnêteté, mais moins cher. Car si vous voulez connaître la saveur de l'arnaque, voir de quelle huile de synthèse elle se chauffe, rendez-vous dans l'enfer de ces faux garages où l'on vous insulte dès le pas de la porte, où l'on abîmera votre voiture mais vas'y m'sieur pourquoi vous m'accusez, où l'on recycle de l'incompétence racailleuse en vous faisant payer, au final, dix euros de moins que dans le réseau de la marque. Ainsi donc le low-cost garagistique c'est comme en transport aérien, de la gestion d'illusion et la certitude de vivre une sale expérience. Le seul intérêt dans cet univers, c'est que l'escroquerie est davantage perceptible que dans bien des grands cabinets où des men in black propres sur eux vous expliquent très poliment qu'il va falloir changer la courroie de distribution de votre entreprise.

C'est bien beau tout ça, enfin non, c'est bien moche, alors que faire, si un jour je tombe sur un garagiste juif ? Est-ce que ça existe d'abord ? Si oui, dois-je le protéger, ou bien le jeter en pâture aux tendeurs de bras (faites attention les garçons, il y a des gestes qui font craquer les chemises noires) ? Quoi que j'haïsse l'association des vidangeurs de portefeuilles, mes gènes, mon histoire, ma mémoire, me conduiront à lui offrir immédiatement une place dans ma voiture d'autant qu'elle est noire, ce qui prouve que je ne suis pas rancunier. Si c'est un homme, Dieudonné devrait s'en inspirer, les juifs ont beaucoup d'expérience en covoiturage.